LES ENFANTS NES HORS DE « LA FAMILLE »/ Episode 2 : Antoinette et Marie Lucrèce enfants naturelles

Deux naissances d’enfants naturels -des filles-  mes ascendantes (Sosa 45 et 47) à une année d’écart, 1830 & 1831, dans la même ville du Var, Fréjus, et pour une durée de vie équivalente. Suivons-les pour découvrir s’il existe des similitudes dans les actes qui jalonnent leur vie.

Marie Lucrèce (Sosa 45, Génération 6) née le 29 avril 1830, fille naturelle, dont la mère est Magdeleine VIDAL, 29 ans, et le père inconnu.

Les  témoins à sa naissance : François PASSERIN, 42 ans, Jean MODENA, 62 ans, cultivateur et Jean François COURT, 36 ans, aussi cultivateur, dont il est écrit « présent à l’accouchement »

Marie Lucrèce se marie à 18 ans, le mercredi 25 octobre 1848 à Fréjus avec Dominique Philippe ABBE, 21 ans, maçon,  lui aussi originaire de Fréjus, avec qui elle aura 4 enfants. Son acte de mariage nous apprend qu’elle a déjà perdu sa mère, car mineure, elle a un tuteur, Raymond LACEPEDE. Sur son acte de mariage, elle figure sous le nom de Marie Lucrèce. Il n’est pas fait mention du nom de sa mère, qu’elle ne porte pas.

Grâce aux recensements,  nous pouvons savoir qu’elle habite à Fréjus.  En 1851, Marie Lucrèce vit au 13 rue de la Poissonnerie. Étonnamment, elle figure sous le nom de COURT.

En 1866, elle est toujours à la même adresse, avec mari, fille et fils, mais aussi Adèle, enfant de l’hospice de 17 ans.

En 1876, la famille a déménagé rue de la Glacière, avec enfants et mari. Dix ans plus tard, sur le registre, dans la colonne des noms,  est mentionné à côté de son prénom « COURT«  : nous avions déjà rencontré ce nom sur le recensement de 1851. C’est celui d’un des témoins de sa naissance, témoin qui était présent lors de l’accouchement. A-t-elle appris qu’il était son père ? Troublant…

En 1891, Antoinette vit avec son mari. Les enfants sont partis.

Elle demeurera à cette même adresse jusqu’à son décès en 1908, à l’âge de 78 ans. Sur son acte de décès, son 2ème prénom Lucrèce est devenu son nom. Marie LUCRECE, épouse de Dominique Philippe ABBE.

Voici maintenant l’histoire d’Antoinette (sosa 47, Génération 6) fille naturelle née le 2 février 1831 à Fréjus, de Marguerite LOMBARD originaire de Mandelieu-la-Napoule.

Ses témoins de naissance : Etienne ATTANOUX, chapelier, Pierre Louis JEHAN, tailleur d’habits, François GARNAUD, marin.

Elle s’unit le jeudi 22 avril 1852  avec Pierre Marius CASTAGNE (1817-1887), cultivateur.

Leurs témoins : Casimir NOGARET, tailleur d’habits, Jean Alexandre THEVENOT, maréchal des logis, Léonce GUIGOMET, négociant, et  Joseph Alexandre ANDRIEUX, ferblantier. Vous sentez les accents de la Provence ?

Antoinette et Pierre Marius auront deux enfants : Honorine Jeanne en 1853, et Marie Hilarionne en 1860.

Les recensements nous apprennent qu’elle et sa famille ont vécu à la même adresse : rue du Puits des Ferrats d’abord avec sa belle-mère en 1866, puis avec mari et fille en 1876. Il s’agit d’une rue ancienne de Fréjus alors Forum Julii : ferrat veut dire seau en provencal.  Dans ce puits, au Xème siècle, lors de la première invasion maure, les Sarrazins avaient jeté toutes leurs armes, contaminant son eau.

Que ce soit sur son acte de mariage, ou sur les actes de naissance de ses 2 filles, Antoinette figure simplement sous son unique prénom. Elle ne portera pas le nom de sa mère, LOMBARD.

Le 5 décembre 1887 Pierre Marius, son mari, meurt. Antoinette est âgée de 56 ans.

Elle  décède  20 ans plus tard, le jeudi 21 mars 1907, à l’âge de 76 ans, à Fréjus .

L’une comme l’autre ne seront identifiées que par leur prénom.  Je m’interroge sur ce point. Est-ce parce que leur mère ne les a pas reconnues par un acte spécifique qu’elles ne porteront pas le nom de celles-ci alors qu’il s’agit d’un parent identifié ?

En lisant Parcours d’un enfant naturel (1) j’ai appris que la déclaration faite lors de la naissance par la sage-femme ou un tiers ne valait pas reconnaissance, et que beaucoup de mères, ignorant cette obligation, ne faisait pas établir un acte de reconnaissance.

« La reconnaissance c’est ce qui donnait des droits civils comme le droit d’hériter. Pour les familles très modestes où il n’y avait aucun bien, il est donc probable que personne ne rappelait à la mère de procéder à une reconnaissance de l’enfant. Dans la pratique cela n’empêchait pas les enfants de porter en général le nom de leur mère. »

Ce n’est pas le cas d’Antoinette et Marie Lucrèce.

Sources

(1)   Parcours d’un enfant naturel

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