A comme Amand Fidel Constant DEQUAY ou la double peine

Certaines branches sont moins faciles à construire que d’autres, et je rencontre avec la branche DEQUAY puis DEQUET des difficultés. Surtout avec Amand Fidel DE QUAY, branche paternelle (mon Sosa 140)

Tout commence par le baptême d’Amand Fidel DE QUAY, fils de Maurice manouvrier à SAINT-QUENTIN dans l’Aisne et de Louise Page un certain 2 septembre 1768.

On retrouve Amand Fidel le 25 mai 1789 pour son mariage avec Gabrielle Elisabeth PAGET. Il a 20 ans, est devenu compagnon jardinier et fait une marque en guise de signature.

Après qu’il ait eu 3 enfants, c’est le 25 mai 1802 que nous retrouvons la trace d’Amand Fidel en train de divorcer par consentement mutuel. Le 22 septembre de la même année, il se remarie : avec Marie Josephe Adelaide DOSSUS à FLAVY LE MARTEL, toujours dans l’Aisne où il réside. Il a maintenant 34 ans et sa seconde femme 17. Il aura également 3 enfants de son second mariage.

L’ABSENCE D’AMAND

C’est en examinant les actes de ses enfants que j’ai eu le plus d’informations sur Amand. Mais voyons la suite …

20 novembre 1820. Mariage de Charles Ferdinand DEQUET et de Louise LEMAIRE. Charles Ferdinand, brossier, est inscrit comme le fils de Constant DEQUET absent. L’absence est justifié par l’information suivante

« l’extrait d’un arrêt de la Cour d’Assises du département de l’Aisne du 11 mars 1812 délivré par le commis greffier de la dite cour constatant la peine portée contre le futur époux »

La peine, quelle peine ? qu’a fait Amand Fidel à l’âge de 44 ans ? j’ai fait appel au Fil d’Ariane (entraide généalogique très efficace) pour demander des informations mais malheureusement rien n’a été trouvé.

En 1822, c’est au tour de Constant Hubert fileur de se marier. Il épouse Divine Florence BOUTILIER. Sur l’acte de mariage on trouve la mention :

« le certificat du greffier de la Cour d’Assises du Département de l’Aisne constatant l’absence du père du futur époux ».

L’absence est encore justifiée par la Cour d’Assises

AMAND LE RETOUR ?

En 1824, Jacques Philippe Nicolas, fils ainé du premier mariage d’Amand DESQUET se marie aussi. Avec Marie Désirée Emilie LEMAIRE (la sœur de Louise). Et là, sur cet acte, ô surprise

“le père de l’époux signe” DEQUEXT.

Qu’en est-il de sa peine ? Est-il libéré ? a-t-il une autorisation de sortie pour le mariage de son fils ainé ? Est-ce une autre personne qui s’est faite passer pour lui ? Est-ce bien du même Amand Fidel DESQUET dont on parle ? Comme sa femme est bien Marie Josephe Adelaide DOSSUS, il n’y a pas de doute possible. Alors ?

DE SURPRISE EN SURPRISE

L’acte de naissance de Joseph Numa Isidore DEQUET (puis DEFRESNE car légitimé par le mariage de ses parents) en 1828, nous apprend que Joseph

«  issu de Virginie DEQUET, fille de Constant DEQUET forçat actuellement détenu » …

Forçat détenu ! (je ne sais si l’on demandait fréquemment à l’époque un acte de naissance, mais on peut imaginer que pour Joseph DEFRESNE la mention de son grand père forçat détenu a pu poser problème…)

Et l’on retrouve la même année, dans la 2ème publication de mariage de Virginie DEQUET avec Joseph DEFRESNE l’information suivante :

« Constant DESQUAIS mort civilement en 1826 »

De même, sur l’acte de mariage en 1828 :

« mort civilement en l’année 1826 par Arrêt de la Cour d’Assises du département de l’Aisne »

LA MORT CIVILE

Cette notion de mort civile ne m’étant pas familière, j’ai recherché des informations. La mort civile est la « cessation de toute participation aux droits civils ». Elle consiste en l’extinction légalement prononcée, pour une personne de sa personnalité juridique, ce qui emporte une privation générale des droits. La personne est réputée ne plus exister, bien qu’elle soit vivante physiquement.

La mort civile pouvait être une peine supplémentaire pour les personnes condamnées à des peines de prison à perpétuité ou en instance d’une exécution capitale. Cette peine a été abolie en 1854.

Une peine, un forçat, une mort civile : J’ai cherché mais le jugement relatif à la mort civile ne figure pas dans les tables décennales de Toulon ni de Saint Quentin ni de Laon, préfecture de l’Aisne. Il est peut-être classé dans d’autres séries.

CONFUSION DANS LES ACTES

Pendant toutes ces années, les informations relatives à Constant-Amand Fidel m’auront été fournies par sa famille. L’information directe à laquelle j’aurai eu accès finalement accès est celle de son décès à TOULON le 25 janvier 1829 à l’Hôpital Maritime. Baptisé Amand Fidel DE QUAY, il figure sous le nom de Armand Constant DEQUEXT sur son acte de décès.

Il est mentionné « époux de Flury Le Martel » :  il doit s’agir d’une erreur de transcription car il s’est marié à FLAVY LE MARTEL. Mais il est bien naturel qu’à TOULON, à plus de 800 km, on ne connaisse pas cette commune de l’Aisne et qu’il y ait confusion entre un nom d’épouse et celui d’une commune.

On trouvera copie de l’acte de décès d’Armand Constant dans les Registres de Saint Quentin de la même année. Est-ce faute d’avoir compris que Flury le Martel était le nom de la commune où il était domicilié, et non le nom de sa femme, l ’acte a été enregistré à Saint-Quentin…

Amand Fidel Constant en aurait sûrement souri …

Grâce à Jean-Louis de l’entraide généalogique du Var que je remercie, une bonne partie des interrogations que j’avais sur Amand Constant Fidel DEQUET a trouvé réponse.

Dix ans plus tard, un arrêt de la cour d’assise de l’Aisne le condamne. Le 11 mars 1812 exactement ; Certainement pour vol. Sa peine est vraisemblablement de 10 ans, car Amand Constant Fidel DEQUET ne sera présent ni au mariage de son fils Charles Ferdinand DEQUET en 1820 ni à celui de son fils Constant Hubert en 1822. Et pour cause : il est au bagne de BREST.

LE TRAJET

Il y sera probablement arrivé en charrette

Le plus souvent, ils sont transportés dans une vingtaine de longues charrettes, mais parfois, par soucis d’économie, une partie d’entre eux fait le voyage à pied,

enchaîné par une « cravate » qui, comme son nom l’indique, est passée au cou de chaque condamné, également entravé par les pieds.

SUR PLACE

Les forçats ne peuvent rester oisifs. Ils sont employés une semaine sur deux aux « travaux de fatigue » des arsenaux ou dans les « manufactures utiles à la Marine »

Les travaux de fatigue ?

Grande fatigue : La traction des charrettes, la conduite des barques à la rame, tous les gros travaux et le nettoyage du port à l’air et sous les intempéries des saisons.

Petite fatigue : Dans les parties couvertes des ports, à bord des bateaux et dans la voilerie.

Amand Constant Fidel DEQUET a eu la chance de ne pas mourir au Bagne de Brest.

Les bagnards ont 4 fois plus de risques de décéder pendant leur séjour au bagne que les travailleurs libres.

On meurt d’accidents au travail, de chute, de noyade, d’étouffement sous des blocs de rocher, écrasé sous les coques des navires lors de lancements, on meurt sans doute d’épuisement, de privation, de carences de toutes sortes

 

Forçat libéré du bagne de Brest sous le N° ….

Libéré à la fin de sa peine, nous savons qu’il est présent en 1824 au mariage de son fils ainé Jacques Philippe Nicolas.

Mais me direz-vous, pourquoi parler de BREST alors que vous avez fait appel à l’entraide généalogique du Var ?

Parce que malheureusement, les recherches effectuées par l’entraide généalogique du Var dans le répertoire général des forçats de l’An VIII à 1850 ne sont pas vaines…

SECONDE CONDAMNATION

Nous retrouvons Amand Constant DEQUEXT  sous le matricule N°20292

DEQUEXT Amand Constant

Arrivé le 26 octobre 1826 au bagne de TOULON,

Cette fiche, réalisée à l’arrivée au bagne,  donne beaucoup d’informations. Parmi celles-ci,  figure la description physique  d’Amand:

Age : 63 ans (nous savons qu’il en avait 57) / Taille : 1.66/ Cheveux : gris /Front : large et découvert/Sourcils : roux /Barbe : idem /Yeux : bleus/Visage : allongé/Nez : fort et long/Menton : pointu et relevé

Condamné par la Cour d’Assises du département de l’Aisne le 27 février 1826, pour le vol d’effets d’habillement dans une maison habitée à l’aide d’escalade

En état de récidive

Ceci accrédite la thèse d’un premier vol en 1812.

Pourquoi récidiver lorsque l’on vient de passer 10 ans au bagne ? On peut imaginer la difficulté de retrouver un travail …

Sa liberté aura été de courte durée : 2 ans au plus.

La mention de « mort civile en 1826″ découverte sur l’acte de mariage de sa fille datant de 1828  est probablement liée à sa récidive.

Condamné à 5 ans travaux forcés à perpétuité à vie

Les lettres majuscules TP en bas du document confirment que les Travaux forcés sont à perpétuité.

Nous savions par l’acte de mariage de sa fille qu’il était un «  forçat actuellement détenu »

Sur sa fiche, une mention marginale vient clore son dossier …

Mort à l’hôpital du bagne le 25 janvier 1829

Amand Constant Fidel DEQUEXT meurt à l’âge de 60 ans. De fatigue ? d’usure ? D’ accident ?

Il aura passé 13 ans aux bagnes de Brest et de Toulon. Plus de temps qu’avec Marie Joseph Adélaïde DOSSUS sa deuxième épouse.

En 1830, les bagnes font l’objet d’un vaste débat sur leur utilité sociale. L’idée de leur fermeture au profit des colonies pénales d’outre-mer fait alors son chemin. Cette évolution a été alimentée par plusieurs considérations : morales, avec le spectacle détestable que donnait à voir le bagne dans l’enceinte même d’une ville ; sanitaires, avec des risques d’épidémie accrus et économiques, avec l’abolition définitive de l’esclavage dans les colonies en 1848 qui entraîna un besoin en main-d’oeuvre. Dès 1852, les condamnés sont transportés vers la Guyane.

Sources :

  • Wikipedia
  • 1858. la fermeture du bagne de Brest. Le télégramme de Brest.

 

 

3 commentaires sur “A comme Amand Fidel Constant DEQUAY ou la double peine”

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  2. Damien dit :

    Très bel article !

  3. admin dit :

    Merci !

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